Les cancers des voies aérodigestives supérieures représentent environ 4 % de l'ensemble des tumeurs malignes dans le monde. Le cancer du côlon et le cancer du foie sont les cancers digestifs les plus fréquents. L'épidémiologie du cancer du foie évolue, et le nombre de décès liés au cancer du foie a augmenté de 25 % dans le monde (Huang 2022). En France, environ 19 000 cancers des voies aérodigestives supérieures et 88 000 nouveaux cas de cancers digestifs sont diagnostiqués chaque année (le cancer du côlon demeurant le plus fréquent) (Globocan 2020). Les patients atteints de ces deux types de cancer présentent un risque particulièrement élevé de dénutrition (Pressoir 2010 ; Gyan 2018). Chez les patients atteints de cancer, les changements alimentaires peuvent résulter de contraintes liées au cancer ou à d'éventuelles séquelles, mais aussi de choix personnels (par exemple, l'adoption d'une alimentation plus saine). Le cancer et son traitement entraînent des changements tels qu'une augmentation des besoins nutritionnels et un hypercatabolisme, ou des altérations sensorielles (goût et odorat), réduisant le plaisir et la prise alimentaire. Ces problèmes altèrent la qualité de vie et aggravent la dénutrition, un enjeu majeur dans la prise en charge de la maladie puisqu'elle augmente le risque de complications, d'échec thérapeutique et de mortalité. On estime que 10 à 20 % des décès chez les patients atteints de cancer sont attribuables aux conséquences de la dénutrition plutôt qu'à la maladie elle-même (Pressoir 2010). Dans l'étude VICAN, 41 % des patients ont modifié leur alimentation après le diagnostic : 29 % en raison de changements du goût et 82 % pour adopter une alimentation plus saine (INCa 2014). Ces changements étaient associés au traitement reçu, à la présence de séquelles et à l'anxiété. Les troubles du goût et de l'odorat sont fréquents dans différents types de cancers (toute tumeur solide ou hématologique) et traitements (chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie) (De Conno 1989 ; Heckel 2015 ; Spotten 2017 ; van Oort 2018). Les mécanismes impliqués dans ces altérations sensorielles ne sont pas entièrement compris, en particulier dans le contexte du cancer, et selon les différents types et traitements (Murtaza 2017). Plusieurs hypothèses ont été proposées : altération de l'expression des enzymes de la sphère buccale, altération de l'expression des récepteurs sensoriels (Neiers 2021), composition et fonction de la salive (Zhu 2021), et impact du microbiote buccal (Schwartz 2021a, Licandro 2023). L'identification précoce des effets indésirables liés à la nutrition, ainsi que le diagnostic précoce ou anticipé de la dénutrition, constituent des enjeux importants dans la prise en charge des patients atteints de cancer. Le plaisir (ou le déplaisir) procuré par l'alimentation guide le désir et le comportement alimentaire. Les mécanismes impliqués sont liés aux sensations hédoniques : satiété conditionnée, satiété sensorielle spécifique, alliesthésie négative et système de récompense (système hédonique). Ce dernier est influencé par l'environnement et peut être contrôlé consciemment, avec plusieurs dimensions : le liking (le patient aime ou n'aime pas un aliment donné) et le wanting (évaluation du désir de consommer un aliment donné à un moment donné). L'ensemble de ces paramètres, associés à l'apprentissage sensoriel et alimentaire tout au long de la vie (habitudes, croyances et contraintes), influencent les préférences alimentaires et donc le comportement alimentaire. Les sensibilités individuelles et l'histoire personnelle de la maladie (traitement et parcours de soins, séquelles, présence de comorbidités, etc.) doivent donc être prises en compte lors de la mise en place d'actions préventives pour les patients atteints de cancer.
À partir de 18 ans · Réf. NCT06600295