Troubles du rythme circadien chez les enfants atteints de mucoviscidose sous modulateurs de la CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane Conductance Regulator)
La mucoviscidose est une maladie rare touchant un nouveau-né sur 4 500 en France (INSERM 2021). Malgré des avancées majeures dans la prise en charge des patients au cours des deux dernières décennies, avec une amélioration significative de l'espérance de vie, la mucoviscidose demeure une pathologie qui altère considérablement la qualité de vie. Plusieurs études ont rapporté la possibilité de troubles du sommeil (TS) respiratoires et non respiratoires chez les patients atteints de mucoviscidose. Les troubles respiratoires toucheraient 30 % des enfants atteints de mucoviscidose (Barbosa 2020). Parmi les TS non respiratoires, l'insomnie d'endormissement et de maintien du sommeil est bien connue chez ces patients, tandis que les anomalies du chronotype (troubles du rythme circadien) sont peu étudiées. Le chronotype désigne la tendance d'une personne à être plus efficace le matin ou le soir. L'existence d'anomalies du chronotype a été suggérée chez les patients atteints de mucoviscidose, mais aucune donnée précise n'est disponible (Louis 2022). L'implication d'un dysfonctionnement de la protéine CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane Conductance Regulator) au niveau du système nerveux central (SNC) a été évoquée comme facteur contributif. In vivo, dans un modèle murin de mucoviscidose, une dérégulation de gènes horloges tels que Clock, Cry2 et Per2 a été mise en évidence au niveau du SNC (Barbato 2019). Parmi eux, certains gènes tels que Rev-erbα pourraient réguler l'inflammation endobronchique et contribuer à la sévérité de la pathologie respiratoire. Globalement, les anomalies du chronotype pourraient être à l'origine d'une dette de sommeil, d'une altération des fonctions cognitives ou de perturbations métaboliques. À l'ère des thérapies modulatrices hautement efficaces (HEMT) pour le traitement de la mucoviscidose, l'impact de ces nouveaux traitements sur le chronotype a été peu étudié. En supposant que les anomalies du chronotype soient une conséquence directe du dysfonctionnement de la protéine CFTR au niveau de la rétine et de l'hypothalamus antérieur, les HEMT devraient améliorer la qualité du sommeil. Cependant, entre 20 % et 30 % des patients adultes et pédiatriques rapportent une augmentation des anomalies du chronotype après l'instauration du traitement. Paradoxalement, le gain perçu en qualité de vie respiratoire est contrebalancé par la survenue de ces troubles. Certains patients iraient jusqu'à inverser la prise de leur traitement afin de limiter ce phénomène. Une seule étude polysomnographique a évalué l'effet de l'HEMT Kaftrio-Kalydeco sur le sommeil chez des adultes atteints de mucoviscidose (Welsner 2022). Après 3 mois de traitement, les patients présentaient une réduction significative des événements respiratoires, sans modification du temps de sommeil total, de l'efficacité du sommeil ni de l'architecture du sommeil. Le chronotype n'était pas mentionné. Actuellement, aucune étude sur le chronotype chez les enfants ou les adultes atteints de mucoviscidose n'a été réalisée. Notre hypothèse est que les patients atteints de mucoviscidose traités par HEMT développeraient un chronotype anormal avec endormissement tardif. L'objectif de cette étude est d'évaluer le chronotype des enfants atteints de mucoviscidose traités par HEMT. Les anomalies du chronotype pourraient avoir des conséquences majeures sur la qualité de vie, le système immunitaire, les fonctions cognitives et le métabolisme. Le dépistage systématique de ces troubles par l'anamnèse, suivi d'un diagnostic par questionnaire, actimétrie et/ou dosage urinaire de la mélatonine, permettrait leur prise en charge précoce, à commencer par l'inversion de la prise de Kaftrio-Kalydeco entre le matin et le soir.
2 à 17 ans · Réf. NCT06370962
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