La maladie rénale chronique (MRC) complique de nombreuses pathologies et l'augmentation rapide de sa prévalence constitue une préoccupation majeure de santé publique. Quelle que soit la cause de l'insuffisance rénale, une consommation élevée de protéines est un facteur de progression vers l'insuffisance rénale terminale. Un régime hypoprotidique (0,6 g/kg/j) ou très hypoprotidique (0,3 g/kg/j) associé à une supplémentation en acides aminés et/ou en analogues de cétoacides (AC) ralentit la détérioration de la fonction rénale et prolonge le délai avant le début de la dialyse. Les difficultés de mise en œuvre d'une restriction protéique stricte limitent son utilisation à une minorité de patients atteints de MRC et sont difficiles à mettre en pratique dans la vie réelle. Récemment, les recommandations KDOQI ont préconisé un apport protéique alimentaire de 0,55 à 0,6 g/kg/j chez les patients non diabétiques « métaboliquement stables » atteints de MRC de stade 3 à 5, et de 0,6 à 0,8 g/kg/j chez les patients diabétiques. Toutefois, l'International Society of Renal Nutrition and Metabolism et les recommandations françaises relatives à la prise en charge de la MRC proposent de maintenir un apport protéique compris entre 0,6 et 0,8 g/kg/j pour tous les patients, et aussi proche que possible de 0,6 g/kg/j. En effet, pour une population, une valeur moyenne de 0,66 g/kg/j garantit que 95 % des patients se situent au-dessus de 0,55 g/kg/j (l'apport minimal requis pour éviter un bilan azoté négatif). Des études expérimentales et quelques études cliniques suggèrent un effet protecteur de la supplémentation en AC sur la sarcopénie urémique. Il est intéressant de noter que cet effet est également observé chez des patients ayant un apport protéique de 0,6 à 0,8 g/kg/j et avec une dose d'AC réduite de moitié par rapport à la dose utilisée avec le régime très hypoprotidique. Par ailleurs, dans une étude préliminaire, nous avons constaté un effet néphroprotecteur des AC (1 comprimé/5 kg de poids corporel) chez des patients ayant un apport protéique alimentaire moyen de 0,7 g/kg/j, suggérant un effet spécifique des AC au-delà de la restriction protéique. L'hypothèse est donc que le traitement par AC (1 comprimé/10 kg), associé à un apport protéique alimentaire compris entre 0,6 et 0,8 g/kg/j, prévient la perte de masse musculaire chez les patients atteints de MRC de stade 4 et 5. Si ces résultats étaient confirmés, cela pourrait élargir la population susceptible de bénéficier d'une supplémentation en AC.
18 à 100 ans · Réf. NCT07374042