La consommation excessive d'alcool constitue un problème majeur de santé publique, en particulier en France. Elle est la principale cause de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire. Parmi les sujets ayant une consommation d'alcool importante, la majorité des patients développent une surcharge graisseuse du foie (stéatose), mais seulement 10 à 35 % développent une hépatite alcoolique aiguë (HAA) et 8 à 20 % évoluent vers la cirrhose. La stéatose est la lésion la plus précoce, rapidement réversible après sevrage alcoolique. En revanche, la survenue d'une HAA entraîne une forte progression de la fibrose. Les investigateurs ont montré, sur des biopsies hépatiques sériées, qu'un sous-groupe de gros buveurs développe des épisodes d'HAA et évolue vers la cirrhose. Ainsi, des facteurs autres que la seule quantité d'alcool consommée influencent le développement et la progression de la maladie alcoolique du foie (MAF). Parmi ces facteurs, il est désormais admis que le microbiome intestinal joue un rôle important dans la pathogenèse de la MAF. L'augmentation de la perméabilité intestinale et l'activation du système immunitaire inné par le lipopolysaccharide (LPS) d'origine digestive constituent un facteur clé dans l'initiation de l'HAA. L'altération de la barrière intestinale induite par l'abus d'alcool semble impliquer une dysbiose. Par ailleurs, les investigateurs ont montré que la sensibilité du foie à la toxicité de l'alcool est transmissible de l'homme à la souris via le microbiome intestinal. Malgré ces avancées, la relation causale entre la perturbation du mycobiome et la MAF chez l'humain nécessite une confirmation par des études prospectives. Le microbiome intestinal représente l'ensemble des micro-organismes présents dans le tractus digestif : bactéries (microbiome bactérien), virus (virome), champignons (mycobiome). Des données récentes suggèrent le rôle des perturbations du mycobiome et du virome dans la pathologie humaine. Le virome intestinal comprend deux grands types de virus : les virus eucaryotes à ARN et à ADN qui infectent les cellules hôtes, et les virus procaryotes ou bactériophages qui infectent le microbiome bactérien. Des données récentes suggèrent que le virome participe à l'homéostasie du système immunitaire. L'infection de souris axéniques par le norovirus murin restaure la fonctionnalité des lymphocytes intestinaux. Cependant, l'implication du virome intestinal dans la MAF n'a jamais été étudiée. L'arrêt de la consommation d'alcool a un effet bénéfique à tous les stades de la MAF. Il réduit le risque de complications de la cirrhose et, pour les stades précoces de l'atteinte hépatique, prévient la progression vers des stades avancés (HAA sévère et cirrhose). Malheureusement, la plupart des patients présentant une addiction à l'alcool n'atteignent pas une abstinence à long terme ni une réduction significative de leur consommation malgré un accompagnement psychologique et médical. La dépression et l'anxiété sont également associées à une dysbiose intestinale chez l'humain. Le rôle causal, au moins partiel, de cette dysbiose dans les phénomènes addictifs, qu'il s'agisse de l'alcool ou d'autres addictions telles que la cocaïne, a été démontré. Ainsi, la modification du MI influence le comportement addictif de souris dépendantes à la cocaïne (. Toutes ces données montrent le rôle majeur de l'axe microbiote-système nerveux central (SNC) dans les troubles mentaux tels que l'addiction à l'alcool et ses conséquences (craving, dépression, anxiété). Cette interaction est médiée par plusieurs mécanismes, tels que la production de métabolites actifs par le microbiome intestinal et la translocation de bactéries ou de dérivés bactériens. Objectif principal : caractériser les modifications temporelles du microbiome intestinal (bactérien, viral et fongique) au sein d'échantillons séquentiels (selles, salive, sérum) avant la survenue d'épisodes d'hépatite alcoolique aiguë.
18 à 75 ans · Réf. NCT05895890