Les maladies hépatiques chroniques touchent 1,5 milliard de personnes dans le monde et peuvent évoluer vers une cirrhose et un carcinome hépatocellulaire (CHC), qui constitue la troisième cause de mortalité par cancer dans le monde. Malgré les progrès réalisés dans le traitement des hépatites B et C, des maladies métaboliques et des addictions, l'incidence du CHC continue d'augmenter. En France, entre 2010 et 2015, le taux de survie à cinq ans du cancer du foie (dont 90 % sont des CHC) était de 18 % chez les hommes et de 19 % chez les femmes. Le traitement du CHC repose sur la classification BCLC (Barcelona Clinic Liver Cancer), qui évalue à la fois la progression du cancer et la fonction hépatique (classification de Child-Pugh). Les patients aux stades précoces (0 ou A) ont un taux de survie supérieur à 5 ans, tandis que ceux aux stades plus avancés (C ou D) ont des taux de survie nettement plus faibles, soulignant l'importance de disposer de meilleurs outils de dépistage précoce. Le dépistage actuel du CHC chez les patients cirrhotiques repose sur une échographie semestrielle. Cependant, la sensibilité de l'échographie pour détecter les tumeurs de moins de 2 cm est d'environ 25 %. Il est donc essentiel de développer des stratégies personnalisées de prédiction et de détection précoce du CHC afin d'améliorer le devenir des patients. Divers scores cliniques et biologiques ont été mis au point pour évaluer le risque de développer un CHC chez les patients cirrhotiques, mais ces scores restent imparfaits. L'hétérogénéité moléculaire du CHC, mise en évidence par des études transcriptomiques, pourrait expliquer la variabilité des résultats et des réponses aux traitements. Cette hétérogénéité dans la survenue, le phénotype et l'évolution du CHC suggère des singularités individuelles encore mal comprises. Ces singularités individuelles seraient probablement liées au système nerveux autonome (SNA), notamment au niveau du système nerveux central (SNC), qui régule divers processus physiologiques. Le SNA comprend le système nerveux sympathique (SNS), principalement adrénergique, et le système nerveux parasympathique (SNP), principalement cholinergique. Ces deux systèmes fonctionnent de façon antagoniste mais selon des dynamiques temporelles différentes. Une meilleure compréhension de l'interaction entre les cellules tumorales et leur environnement par l'intermédiaire du SNA pourrait permettre d'identifier de nouveaux biomarqueurs pour prédire le développement du CHC ainsi que de nouvelles cibles thérapeutiques. Le rôle du SNA dans le développement des cancers a été étudié dans divers cancers, notamment de la prostate, de l'estomac, du pancréas, du sein et de l'ovaire, où le SNA régule l'inflammation et les réponses immunitaires. Dans les maladies hépatiques chroniques, le foie est innervé à la fois par des fibres sympathiques et parasympathiques, et cette innervation joue un rôle dans la régulation du métabolisme, de la régénération hépatique et de la progression de la fibrose. Les étiologies des maladies hépatiques chroniques, telles que la consommation d'alcool, le syndrome métabolique et les hépatites virales, perturbent l'équilibre entre le SNS et le SNP, contribuant au dysfonctionnement hépatique. La sévérité de l'atteinte hépatique est liée à un dysfonctionnement autonome, et la variabilité de la fréquence cardiaque, marqueur de l'activité du SNP, est corrélée à la survie chez les patients atteints de CHC en phase terminale. Nos travaux de recherche récents ont montré que les patients atteints de CHC présentent une reconfiguration du SNA intrahépatique, avec une orientation cholinergique constante au niveau de la synapse neuro-hépatique. Les patients ayant une orientation parasympathique (par rapport à une orientation sympathique) présentent des tumeurs plus agressives, une survie plus courte, et, d'un point de vue pharmacologique, les anticholinergiques augmentent la sensibilité aux thérapies ciblées du CHC.
À partir de 18 ans · Réf. NCT07393074