L'occlusion aiguë du grêle sur bride (ASBO) est un problème de santé publique : elle constitue la 3ᵉ cause d'hospitalisation dans les services de chirurgie digestive, 20 à 30 % des patients seront opérés, le taux de mortalité par épisode est de 3 %, la durée d'hospitalisation est de 8 jours (jusqu'à 16 en cas de résection), et elle est associée à des dépenses de santé considérables. Le groupe de travail sur l'ASBO de la Société mondiale de chirurgie d'urgence a proposé deux approches distinctes pour la prise en charge de l'ASBO aiguë : le traitement non opératoire (NOM), concernant environ 85 % des patients, et le traitement opératoire (OM) : * OM : en présence de signes cliniques de strangulation, de péritonite, d'ischémie intestinale, ou si le scanner avec injection intraveineuse de produit de contraste montre des signes d'ischémie, de strangulation, de péritonite, ou si l'occlusion persiste plus de 72 heures ; * NOM dans tous les autres cas, comprenant la sonde nasogastrique (SNG), l'administration intraveineuse de liquides, et une surveillance clinique et biologique pendant 72 heures. La SNG est un concept ancien, décrit pour la première fois pour le traitement de l'ASBO à partir de plusieurs études menées chez le chien, qui ont démontré l'efficacité de la SNG en aspirant les gaz de l'estomac, favorisant ainsi la décompression veineuse et la survie des patients. Depuis, la SNG est devenue l'un des piliers du NOM. Cependant, la SNG est plutôt mal tolérée par les patients (classée comme la procédure hospitalière la plus douloureuse), certains la refusent, d'autres l'interrompent après le début du traitement, et l'une des complications les plus fréquentes de la SNG est la pneumonie, ce qui est assez surprenant dans la mesure où le premier argument invoqué pour sa pose est d'éviter la pneumonie d'inhalation. Quatre études rétrospectives spécifiques ont montré que l'absence de SNG est possible chez 20 à 80 % des patients inclus et était associée à une diminution du délai de reprise du transit, du taux de complications (y compris le taux de pneumonies) et de la durée de séjour (DDS), sans augmentation du risque de chirurgie ou de résection. 20 à 87 % (soit un total de 922 patients) ont été pris en charge avec succès de façon conservatrice sans SNG, avec une réduction de la DDS de 2 à 6 jours par rapport à la SNG. Mais aucune de ces séries ne s'est intéressée au soulagement du patient comme critère de jugement. Une analyse critique rétrospective de notre propre prise en charge (janvier-décembre 2019, n=96) a montré que : seuls 17 % des patients avaient une SNG lors du scanner injecté, la présence de la SNG n'influençait ni le volume gastrique ni le taux d'estomac plein, et le volume gastrique n'influençait pas la prise en charge des patients. En résumé, les investigateurs savent donc que la pose d'une SNG est douloureuse, ne soulage pas tous les patients, et a un effet thérapeutique non quantifié sur l'évolution de l'ASBO. C'est pourquoi il est pertinent, en 2023, de remettre en question l'utilité de la SNG dans le traitement de l'ASBO, chez des patients sélectionnés. Cette étude serait le premier essai contrôlé randomisé portant sur l'absence de SNG pour le NOM des patients atteints d'ASBO. Les résultats de cette étude pourraient conduire à une modification de la pratique chirurgicale. L'absence de SNG dans la prise en charge de l'ASBO apparaît comme une pratique innovante, en rupture avec la pratique actuelle. Cela s'inscrit dans une démarche de simplification de la prise en charge des patients souffrant d'ASBO.
18 à 85 ans · Réf. NCT06347120