Immunosuppression et bactéries multirésistantes acquises en réanimation
La résistance aux antimicrobiens (AMR) constitue une menace mondiale émergente pour la santé humaine, et les services de réanimation constituent un « point chaud » pour l'émergence et la diffusion des bactéries multirésistantes (BMR). La colonisation et l'infection à BMR acquises en réanimation (respectivement ICU-MDR-col et ICU-MDR-inf) ont été associées à une durée de séjour en réanimation plus longue, à une durée de ventilation mécanique invasive plus longue et à une mortalité plus élevée. Les patients immunodéprimés représentent une proportion croissante des patients de réanimation, et sont particulièrement sujets aux infections acquises en réanimation, dont une part importante est due à des pathogènes multirésistants. Récemment, dans une étude prospective multicentrique menée en France (CIMDREA, 8 services de réanimation, 750 patients), nous avons observé que les patients immunodéprimés présentaient une incidence cumulée plus faible de colonisation à BMR acquise en réanimation (ICU-MDR-col), mais pas d'infection à BMR acquise en réanimation (ICU-MDR-inf) (après ajustement sur les facteurs de confusion). Ces résultats suggèrent que les mesures d'isolement et les précautions de contact pourraient avoir un effet protecteur sur la transmission croisée des BMR chez les patients immunodéprimés, même si notre étude ne fournit pas d'arguments concluants à cet égard. Si ces résultats étaient confirmés, ils pourraient avoir un impact sur la politique de bon usage des antibiotiques chez les patients immunodéprimés en état critique, élément clé pour contrôler la diffusion de l'AMR en réanimation et au-delà. Ainsi, nous prévoyons de mener l'étude TANGERINE, une étude observationnelle, prospective et multicentrique en Europe, afin de confirmer les résultats de CIMDREA et de mieux comprendre l'effet des mesures d'isolement et des précautions de contact sur l'épidémiologie de l'AMR en réanimation.
À partir de 18 ans · Réf. NCT06652126
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