Bien que la prise en charge de la douleur dans les unités de soins intensifs et de réanimation se soit améliorée depuis l'étude DOLOREA, des recherches sur les thérapies et techniques permettant d'optimiser l'analgésie restent nécessaires. Les nombreux effets indésirables de la morphine sont bien connus, et il a été observé qu'une sédation excessive pendant les 48 premières heures est associée à une augmentation de la mortalité et de la durée de séjour. Des protocoles d'analgésie multimodale, incluant de préférence des antalgiques non morphiniques, pourraient améliorer le confort des patients de réanimation. Le confort est un élément central de la réanimation et de la prise en charge périopératoire, comme le démontrent les résultats rapportés par les patients (Patient-Reported Outcomes, PRO), nouveaux outils d'évaluation qui prennent en compte le patient dans sa globalité. Le questionnaire IPREA (Inconfort des Patients de REAnimation), échelle spécifique d'évaluation du confort des patients de réanimation, en est un exemple. La lidocaïne est un bloqueur des canaux sodiques voltage-dépendants, utilisée comme anesthésique local et agent antiarythmique, dont l'administration intraveineuse produit des effets analgésiques, notamment sur l'hyperalgésie. Les bénéfices cliniques largement démontrés en chirurgie programmée et majeure (réduction de la douleur postopératoire, réduction des doses d'agents anesthésiques et d'opiacés, réduction des nausées et vomissements postopératoires) ont conduit à des recommandations pour son utilisation. Par ailleurs, les événements indésirables associés à la lidocaïne en perfusion continue sont minimes. Sur la base des concepts eCASH (early Comfort using Analgesia, minimal Sedative and maximal Human care), les récentes recommandations PADIS (Pain, Agitation, Delirium, Immobility, Sleep deprivation), qui déterminent les niveaux de preuve et les axes de recherche pour améliorer la qualité des soins, concluent que la lidocaïne intraveineuse pourrait être bénéfique, mais que les données manquent. Les investigateurs proposent donc un essai clinique randomisé contrôlé contre placebo afin d'évaluer l'efficacité de la lidocaïne perfusée en continu pendant 48 heures sur le confort perçu des patients de réanimation postopératoire, évalué par le score IPREA. L'IPREA, score à 18 items explorant le PADIS, est un critère d'évaluation direct, pertinent, objectif et reproductible pour évaluer les algorithmes d'amélioration de la qualité des soins. Les données sur les sources d'inconfort révèlent l'importance de la douleur, de la dyspnée, de la soif et de la privation de sommeil, qui sont toutes influencées par le protocole d'analgésie-sédation. L'intégration de la lidocaïne, aux propriétés antihyperalgésiques, dans le protocole devrait réduire l'inconfort des patients de réanimation.
À partir de 18 ans · Réf. NCT07043023