Le suicide est un problème majeur de santé publique. Environ 9 000 suicides par an sont recensés en France. Entre 15 000 et 20 000 tentatives de suicide donnent lieu à un contact avec le système de soins. Chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, le suicide est la deuxième cause de décès. Ainsi, le suicide chez les adolescents constitue une priorité majeure de santé publique, en raison de sa gravité, de sa fréquence et de son caractère potentiellement évitable. La sévérité du risque suicidaire peut être évaluée par différentes échelles, et la Columbia-Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS) est la plus largement utilisée dans la littérature internationale chez les adolescents, évaluant quatre dimensions : les idées suicidaires, la sévérité des idées, le comportement suicidaire et la létalité. La mesure de la sévérité du risque suicidaire est donc définie comme la mesure de l'importance des conséquences négatives directes et indirectes associées à ce risque. Elle peut être appréhendée à travers les quatre facteurs mentionnés ci-dessus. L'anxiété est l'un des piliers centraux influençant le risque suicidaire des adolescents. Très peu d'études ont identifié des facteurs de risque de l'anxiété opérationnalisables et généralisables. Cependant, chez les adolescents, l'un des facteurs de risque de l'anxiété semble particulièrement important, car il s'agit d'un facteur à la fois générique (c'est-à-dire retrouvé dans différents profils d'adolescents), lié à la projection dans l'avenir (ce qui caractérise cette population), et relativement spécifique à cette tranche d'âge, tout en étant opérationnalisable au moyen de questionnaires validés. Ce facteur de risque important est l'éco-anxiété, qui correspond à l'anxiété liée au changement climatique. Le thème du changement climatique constitue certes un enjeu social central, mais également un enjeu important de santé publique. Premièrement, le changement climatique soulève des risques directs pour la santé humaine, et indirectement certains risques pour la santé mentale. Par exemple, les conséquences directes d'une sécheresse ou d'une catastrophe naturelle peuvent entraîner des difficultés matérielles qui affectent indirectement la santé mentale (Thoma et al., 2021). Deuxièmement, le changement climatique peut également faire peser un risque direct sur la santé mentale, et en particulier l'éco-anxiété, qui n'est pas la conséquence d'un risque direct de l'environnement sur un individu, mais constitue plutôt une détresse psychologique liée à la crainte de tels changements. L'éco-anxiété peut être identifiée et mesurée de manière valide et fiable grâce à une échelle utilisée dans la littérature internationale, la « Climate Anxiety Scale » (CAS), validée en 2020 avec 22 items répartis en 4 facteurs par Clayton et Karazsia (Clayton et Karazsia, 2020), et traduite et validée en français en 2022 par Mouguiama-Daouda (Mouguiama-Daouda et al., 2022), retenant comme modèle le plus approprié la version comportant les 13 premiers items. Cette échelle est adaptée aux adolescents à partir de 12 ans. Cette échelle à 13 items est composée de deux sous-échelles évaluant les difficultés cognitives et émotionnelles en réponse au changement climatique, ainsi que l'altération fonctionnelle. Deux sous-échelles s'ajoutent à cette échelle à 13 items (et font ainsi partie de la CAS à 22 items également validée), évaluant 1) l'expérience personnelle directe ou indirecte du changement climatique, et 2) l'engagement comportemental et la tendance à déployer des réponses comportementales adaptatives face au changement climatique. La littérature rapporte une corrélation entre l'éco-anxiété et la dépression (Mouguiama-Daouda et al., 2022). En effet, les symptômes dépressifs peuvent influencer la manière dont les personnes s'inquiètent du changement climatique.
12 à 16 ans · Réf. NCT05707975