En 2018, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombrait pas moins de 15 millions de naissances prématurées chaque année dans le monde, soit plus d'un enfant sur dix. Ces dernières années, le nombre de nouveau-nés survivant à une naissance prématurée a progressivement augmenté grâce aux progrès de la médecine néonatale. Cependant, ces sauvetages ne sont pas sans conséquences. En effet, pour ce faire, l'enfant est séparé de ses parents, placé dans un environnement stressant, technique et potentiellement douloureux. Cette séparation précoce s'ajoute à des comorbidités médicales et des sédations qui compromettent la physiologie de l'enfant et sa disponibilité à interagir. La grande prématurité perturbe également les interactions précoces entre l'enfant et ses parents, et à terme les relations avec autrui. Ainsi, plus de 35 % des enfants nés prématurément présentent un comportement d'attachement insécure dans leurs relations avec autrui. De plus, les naissances prématurées s'accompagnent de nombreuses difficultés somatiques, cognitives et de cognition sociale. À l'âge scolaire, ces enfants présentent davantage de problèmes d'apprentissage, socio-émotionnels et comportementaux. Plus le degré de prématurité est important, plus ces difficultés sont marquées. Elles seraient associées à un déficit exécutif et de cognition sociale, inhérent à un développement cérébral globalement altéré, en particulier des régions cérébrales sous-corticales frontales. Du côté des parents, la naissance prématurée n'est pas non plus sans conséquences. En effet, l'idée d'une période post-natale idéalisée cède la place à une expérience anxieuse, voire traumatisante. Des notions de culpabilité sont souvent exprimées, ainsi qu'une anxiété majeure concernant la survie de l'enfant et les « compétences parentales ». Une prévalence plus élevée de signes d'anxiété parentale, de dépression post-natale et de trouble de stress post-traumatique est observée chez les mères de prématurés, et ce jusqu'à 18 mois après la naissance. Ces états psychologiques influencent la capacité des parents à interagir avec leur nouveau-né, ainsi que le contenu de ces interactions. Enfin, tant les parents que les nouveau-nés voient, pour des raisons différentes, leur capacité à interagir et à se rassurer profondément perturbée par la naissance prématurée. Même si, depuis 2010, la prématurité a été identifiée comme un « problème de santé publique » par l'OMS, les études sur le sujet présentent encore des limites. En effet, si l'on estime que la prévalence des signes d'anxiété et/ou de dépression chez les mères de prématurés est en moyenne trois fois plus élevée que chez les mères d'enfants nés à terme, qu'en est-il des pères ? Il paraît fondamental d'améliorer nos connaissances sur les symptômes anxieux et dépressifs que peuvent présenter les pères et les mères de prématurés, dans le but d'assurer une prise en charge globale et pluridisciplinaire des familles en unité de soins intensifs néonatals. De même, l'impact exact d'une augmentation de la symptomatologie anxio-dépressive parentale sur les précurseurs du développement cognitif et de la cognition sociale n'est pas connu. Puisque l'environnement et la stimulation sont fondamentaux pour le développement de l'enfant, que se passe-t-il lorsque l'un des parents ou les deux voient leur interaction modifiée par une symptomatologie anxio-dépressive ? En effet, les rares études publiant des données sur le sujet sont menées sur des populations de parents d'enfants non prématurés, souvent non francophones et surtout avec des outils qui ne sont pas disponibles pour les praticiens francophones chargés du dépistage précoce des difficultés de développement chez les enfants prématurés.
À partir de 18 ans · Réf. NCT05734768