Dans la forme dite « à début précoce » de l'anorexie mentale (AM), une forme rare et sévère touchant les enfants de 8 à 13 ans, les experts recommandent que la prise en charge se déroule, dès que possible, en ambulatoire, à un âge où la séparation d'avec l'environnement habituel serait particulièrement mal vécue et délétère. Cependant, dans les formes sévères d'AM, l'hospitalisation à temps plein (HTP) reste indiquée lorsque des critères d'instabilité somatique et psychiatrique sont réunis. Ainsi, la sévérité et la rapidité de la dénutrition chez les enfants de 8 à 13 ans souffrant d'AM (liées d'une part à la fréquence de l'aphagie totale avec refus de boire et, d'autre part, au manque de détection précoce du trouble) nécessitent fréquemment une HTP en urgence, contrairement aux recommandations des experts. Cette HTP, qui dure en moyenne 3 mois dans notre unité spécialisée, présente certains inconvénients : mauvaise acceptabilité par le patient et/ou sa famille, majoration des symptômes anxieux à l'entrée et à la sortie, décrochage scolaire, isolement social, vécu coercitif. De plus, le taux de sorties prématurées d'HTP – avant l'atteinte des objectifs pondéraux – et la fréquence des rechutes après l'HTP restent élevés, rendant l'HTP peu satisfaisante en termes de rapport coût-efficacité. Certaines familles refusent l'HTP, classiquement longue, s'exposant ainsi au risque de complications pouvant survenir en cas de prise en charge inadéquate du trouble : complications somatiques, aiguës et chroniques ; risque d'évolution vers un autre trouble du comportement alimentaire. Ces dernières années, la prise en charge en hôpital de jour (HDJ) s'est développée pour les adolescents de 11 à 18 ans et les adultes (Madden, 2015). Les quelques études disponibles sont en faveur d'une efficacité comparable, d'une meilleure acceptabilité et d'un coût moindre dans la prise en charge de l'AM modérée par rapport à une HTP prolongée, mais aussi d'une meilleure adaptation sociale. Chez les enfants de 8 à 13 ans atteints d'AM, dont l'état somatique nécessite une surveillance continue en milieu hospitalier (indication habituelle de l'HTP), une HDJ ne peut raisonnablement pas être proposée d'emblée compte tenu de la sévérité de la situation. Notre hypothèse est qu'il serait toutefois possible, chez ces enfants, de raccourcir la durée de l'HTP et de poursuivre la prise en charge en HDJ une fois la période critique dépassée sur le plan somatique, avec une efficacité comparable, une meilleure acceptabilité, une meilleure progression sur le plan scolaire et social, et un coût moindre.
8 à 13 ans · Réf. NCT04479683