La maladie thromboembolique veineuse (MTEV), comprenant la thrombose veineuse profonde (TVP) et l'embolie pulmonaire (EP), est une maladie fréquente et la troisième cause de décès cardiovasculaire dans le monde après l'infarctus du myocarde et l'accident vasculaire cérébral. Le traitement anticoagulant réduit considérablement le risque de récidive précoce de MTEV et de décès, mais il expose les patients à un risque hémorragique substantiel. Ainsi, déterminer la durée optimale du traitement anticoagulant pour la MTEV constitue un enjeu majeur de santé publique. Lorsque des facteurs de risque transitoires majeurs de MTEV sont identifiés (chirurgie majeure, immobilisation...), les patients n'ont généralement pas besoin de prolonger l'anticoagulation au-delà de 3 mois, tandis que pour une MTEV diagnostiquée dans un contexte de cancer, une anticoagulation thérapeutique est nécessaire tant que le cancer est considéré comme « actif ». Cependant, dans plus de 50 % des cas, la maladie thromboembolique veineuse survient de manière spontanée, c'est-à-dire sans circonstance cliniquement décelable significative (dite maladie thromboembolique veineuse non provoquée). Chez ces patients, le risque de récidive est élevé (taux de récidive de 35 % à 5 ans, avec un risque de décès de 10 % par récidive). Les sociétés savantes recommandent donc de poursuivre le traitement anticoagulant « indéfiniment » (c'est-à-dire sans programmer de date d'arrêt ni de traitement de longue durée). Cependant, cette pratique expose ces patients à une augmentation continue et non négligeable du risque hémorragique, qui pourrait à terme dépasser le risque de récidive de la maladie thromboembolique veineuse. Optimiser le traitement anticoagulant au-delà des trois à six premiers mois de traitement constitue donc un enjeu crucial et complexe, susceptible d'améliorer le pronostic à long terme des patients atteints de maladie thromboembolique veineuse non provoquée. En s'appuyant sur les approches quantitatives et qualitatives mises en œuvre dans le projet MORPHEUS financé par la Commission européenne (appel HORIZON-HLTH-2022-TOOL-11-01), les investigateurs ont combiné la médecine personnalisée prédictive, par l'utilisation de biomarqueurs de risque, à un modèle de médecine centré sur le patient, qui, tout en s'appuyant sur la compréhension de l'expérience du patient, a permis de développer des scores de prédiction du risque multicomposants évolutifs dans le temps et des échelles socio-anthropologiques (TDMI) intégrés dans un processus de décision partagée concernant la durée du traitement anticoagulant chez les patients ayant présenté un premier épisode de MTEV non provoquée. L'objectif de cette étude est de démontrer que cette stratégie, fondée sur un processus de décision médicale partagée entre les patients et les médecins et intégrant les TDMI, réduit le risque de récidive de la maladie thromboembolique veineuse (mortelle ou non), le risque hémorragique et la mortalité toutes causes confondues, et est associée à une plus grande satisfaction des patients après un premier épisode de maladie thromboembolique veineuse non provoquée.
À partir de 18 ans · Réf. NCT06731244