L'épilepsie temporale antérieure est la forme la plus fréquente d'épilepsie focale (plus de 50 % des épilepsies focales). L'épilepsie est dite pharmacorésistante lorsque les crises persistent malgré un traitement antiépileptique (25 % des cas). Dans ce cas, il est possible de proposer au patient une solution chirurgicale : une lobectomie temporale antérieure. Cette intervention consiste à retirer la portion entière du lobe temporal responsable de l'épilepsie (zone épileptogène), c'est-à-dire une partie majeure du pôle temporal, l'hippocampe et le lobe temporal antérieur ventral (vATL). L'objectif de la chirurgie est d'obtenir une disparition des crises tout en préservant les fonctions du patient. C'est pourquoi un bilan préchirurgical est systématiquement réalisé afin de localiser le foyer épileptique et de prédire les risques de déficits neurologiques et cognitifs. Le vATL présente un intérêt particulier car il s'agit d'une région hautement fonctionnelle, impliquée dans la dénomination, le traitement sémantique et la reconnaissance des visages. Une résection de cette région lors d'une lobectomie antérieure peut donc affecter ces fonctions et entraîner des déficits cognitifs (par exemple, un déclin de la dénomination pouvant atteindre 65 %), pouvant être invalidants dans la vie des patients, même en l'absence de crises. L'un des enjeux majeurs de la chirurgie de l'épilepsie est donc de prédire le devenir neuropsychologique postopératoire. La prédiction du devenir neuropsychologique du patient après chirurgie repose largement sur la cartographie préopératoire des régions fonctionnelles, réalisée par IRM fonctionnelle (IRMf), ou par stimulation électrique réalisée lors d'une exploration intracérébrale par stéréo-électroencéphalographie (SEEG). Cependant, les techniques actuelles présentent des inconvénients. Les stimulations électriques reposent sur une exploration invasive (SEEG), sont chronophages et parfois difficiles à interpréter. Les séquences d'IRMf utilisées en routine clinique ne permettent pas de visualiser l'ensemble de la région du vATL en raison d'artéfacts liés au conduit auditif. Ainsi, le signal est fortement diminué dans cette région, rendant invisible une large zone du vATL. Il en résulte une visualisation insuffisante des régions du vATL activées lors de tâches telles que la dénomination, le traitement sémantique et la reconnaissance des visages. Des régions fonctionnelles importantes peuvent ainsi être retirées pendant la chirurgie et avoir un impact négatif sur le devenir neuropsychologique du patient. Dans l'étude CARTA, des méthodes originales sont associées afin d'augmenter le rapport signal sur bruit dans le vATL. D'une part, la séquence Multi-Band, une séquence d'IRMf innovante, sera utilisée. D'autre part, une méthode particulière de présentation des stimuli visuels sera employée, appelée stimulation visuelle périodique rapide (FPVS : Fast Periodic Visual Stimulation), au cours de laquelle les stimuli sont présentés de façon périodique (à fréquence fixe). Individuellement, ces méthodes améliorent l'exploration du vATL (augmentation du signal). Les investigateurs supposent que la combinaison des deux méthodes pourrait avoir un effet potentialisateur, par rapport à la séquence standard SMS (Simultaneous Multi-Slice). L'exploration en IRMf n'influencera pas la prise en charge chirurgicale du patient inclus dans l'étude car il s'agit du début du développement de cette technique, mais elle pourrait être utilisée, à plus long terme, pour guider les chirurgies des patients épileptiques. Ainsi, l'objectif de cette étude est de cartographier précisément le vATL, à l'aide de méthodes innovantes en IRMf. Cette cartographie permettra d'étudier les fonctions cérébrales du vATL impliquées dans la dénomination, le traitement sémantique et la reconnaissance des visages, et, à terme, d'améliorer le pronostic neuropsychologique postopératoire des patients épileptiques.
À partir de 18 ans · Réf. NCT05339438