Le choc cardiogénique (CC) se caractérise par une hypoperfusion tissulaire résultant d'une dysfonction cardiaque, en l'absence d'hypovolémie, la pompe ventriculaire étant incapable de générer un débit sanguin suffisant pour répondre aux besoins métaboliques des organes. À ce jour, la prise en charge du CC représente un défi pour les cardiologues et les réanimateurs, en particulier en ce qui concerne la stratification de la sévérité de ces patients afin de déterminer précisément le pronostic. Ainsi, bien que des scores pronostiques spécifiques au CC existent déjà, ils sont souvent peu performants et difficiles à calculer rapidement au chevet du patient. Par exemple, le score de risque CardShock est composé de sept variables (incluant des paramètres biologiques et échocardiographiques) permettant, dans le meilleur des cas, d'obtenir une aire sous la courbe (AUC) de prédiction de la mortalité d'environ 0,7. Plus récemment, la classification SCAI Shock a été développée pour stratifier progressivement les patients en cinq groupes de sévérité croissante, allant de A à E pour les plus graves. Bien que son intérêt pronostique soit supérieur à celui du CardShock, cette classification récemment mise à jour repose également sur des paramètres biologiques ou échocardiographiques parfois difficiles à recueillir en urgence. Ainsi, il n'existe actuellement aucun score pronostique simple et optimal pour prédire le pronostic des patients, et encore moins de score prenant en compte de manière appropriée la fragilité clinique globale des patients. Dans ce contexte, le score de fragilité clinique de Rockwood, également appelé « Clinical Frailty Scale » (CFS), s'est imposé ces dernières années comme un score iconographique accompagné d'un texte explicatif, initialement développé pour évaluer la fragilité chez les personnes âgées. Il s'agit d'un score purement déclaratif, très facile à réaliser en pratique clinique, y compris dans les situations aiguës ou chez des patients confus, voire sédatés. Il présente également l'avantage d'être gratuit, dans la mesure où il ne fait que regrouper les données physiologiques et fonctionnelles caractérisant l'état antérieur du sujet avant l'étape diagnostique et thérapeutique. Le CFS permet d'estimer le degré de fragilité d'un patient, allant de « très en forme » ou robuste, actif, énergique, jusqu'à « phase terminale ». Il repose sur des informations facilement recueillies auprès du patient ou de ses proches, avec l'avantage de présenter une très bonne corrélation avec les scores de fragilité plus complexes à évaluer. Enfin, le CFS a déjà fait ses preuves en cardiologie aiguë, notamment dans l'infarctus du myocarde, où ce score s'est révélé indépendamment et fortement associé à la mortalité toutes causes confondues à 6 mois, et où il a été mis en évidence que les patients fragiles présentaient une évolution plus défavorable, un risque de mortalité plus élevé, un risque accru de CC et un risque hémorragique accru. La prise en charge optimale des patients en CC nécessite une évaluation à la fois approfondie, rapide, fiable et facile à obtenir en urgence, afin d'initier le plus rapidement possible les interventions appropriées. Dans cette perspective, le CFS apparaît comme un paramètre prometteur dans l'évaluation initiale de ces patients, notamment pour identifier ceux présentant un risque accru de complications. Ce score, utilisé seul ou en complément des scores déjà employés en pratique dans le CC, représente une perspective innovante et pourrait permettre une évaluation plus fine des patients, aidant ainsi les cliniciens à mieux cibler les interventions nécessaires et à individualiser la prise en charge. En effet, l'optimisation de l'identification des patients relevant de la cardiologie aiguë critique constitue l'une des pistes d'amélioration proposées par les experts de ce domaine, à la frontière entre la cardiologie et la réanimation.
À partir de 18 ans · Réf. NCT06692855